Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/196

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des Chinois célibataires aux Indes, du développement du christianisme, de l’instruction en Afrique, de la formation de sociétés pour l’amélioration de toute l’humanité, ne trouvent-ils pas dans leur âme le sentiment simple, primitif de l’homme pour l’homme ? Ce sentiment n’existe-t-il pas, sa place est-elle occupée par l’ambition, la vanité et l’avidité qui dirigent ces hommes dans leurs Chambres, meetings, sociétés ? Est-ce que l’extension de l’association raisonnable des hommes, qu’on appelle la civilisation, détruit et contredit les besoins instinctifs de l’association, de l’amour ? Est-ce là l’égalité pourquoi fut versé tant de sang innocent et furent commis tant de crimes. Le peuple, comme les enfants, peut-il être heureux de ce seul mot : égalité ?

L’égalité, devant la loi ! Mais est-ce que toute la vie de l’humanité se passe dans le domaine des lois ? Il n’y a qu’une millième partie de l’humanité qui soit soumise à la loi, le reste se fait en dehors de la loi, dans le domaine des mœurs et de la société. Et dans la société, le valet est mieux vêtu que le chanteur et l’insulte impunément. Moi je suis mieux habillé que le valet : j’injurie impunément le valet. Le portier me considère comme supérieur à lui et croit que le chanteur est son inférieur. Quand je fus assis avec le chanteur, il se jugea notre égal et devint grossier. Moi je devins grossier avec le portier, et il se reconnut inférieur à moi. Le valet