Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/198

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pas des millions de subdivisions autres et d’un autre ordre. Il est vrai que ces nouvelles divisions sont l’œuvre des siècles, mais des millions de siècles ont passé et passeront. La civilisation, c’est le bien ; la barbarie, le mal ; la liberté, le bien, l’esclavage, le mal. Voilà, cette connaissance imaginaire détruit les besoins instinctifs, les meilleurs, primordiaux, du bien de la créature humaine. Et qui me définira ce que c’est que la liberté, ce que c’est que le despotisme, ce qu’est la civilisation et ce qu’est la barbarie ? Et on connaît les limites de l’un et de l’autre ! En l’âme de qui cette mesure du bien et du mal est-elle si ferme, qu’on puisse par elle évaluer les faits courants complexes ? Chez quel homme l’esprit est-il si grand qu’il puisse, même dans le passé immobile, embrasser tous les faits et les peser ? Et quel est celui chez qui ne coexisteraient pas le bien et le mal ? et pourquoi sais-je que je vois l’un plus que l’autre, puisque je ne me trouve pas à la vraie place ? Et qui peut se détacher si absolument de la vie, par l’esprit, pour l’examiner, en un moment, avec indépendance et de haut ? Il n’y a en nous qu’un seul guide impeccable, l’esprit universel qui nous pénètre tous ensemble et chacun à part, qui donne à chacun l’aspiration à ce qui lui est nécessaire. Ce même Esprit qui ordonne à l’herbe de croître vers le soleil, à la fleur de répandre les grains à l’automne, et à nous, de nous rapprocher inconsciemment les uns des autres.