Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/221

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entendre un sifflement aigu sous la montagne et, de nouveau, tout devint calme. Les feuilles se balançaient à peine, la toile de la terrasse s’agitait faiblement et quelque chose de parfumé, ondoyant dans l’air, s’approchait jusqu’à la terrasse et s’y répandait. Je me sentis gênée de mon silence après ce qui avait été dit. Mais je ne savais que dire. Je le regardai. Ses yeux brillants, dans l’obscurité, se tournaient vers moi.

— C’est bon de vivre ! — prononça-t-il.

Je soupirai, sans savoir pourquoi.

— Quoi ?

— C’est bon d’être au monde ! répétai-je. — Et de nouveau nous nous tûmes, et de nouveau je me sentis gênée.

Il me venait sans cesse en tête que je l’avais attristé en tombant d’accord avec lui qu’il était vieux, et je voulais le consoler, mais je ne savais comment le faire.

— Cependant, adieu, — dit-il en se levant. — Ma mère m’attend pour souper. Je ne l’ai presque pas vue aujourd’hui.

— Et moi qui voulais vous jouer une nouvelle sonate.

— Ce sera pour la prochaine fois, — dit-il froidement, comme il me sembla.

— Adieu.

À ce moment j’étais encore plus persuadée de l’avoir attristé et je le regrettais. Moi et Katia nous