Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/223

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quelconques dans la Société de la noblesse, affaires qui lui causaient de grands désagréments ; mais comment envisageait-il tout cela, quels étaient ses opinions, ses plans, ses espoirs, je ne pouvais jamais rien savoir de lui. Aussitôt que j’amenais la conversation sur ce sujet, il fronçait les sourcils d’une façon particulière qui semblait dire : « Laissons cela s’il vous plaît, en quoi ça peut-il vous intéresser ? » et parlait d’autre chose. D’abord cela me blessa, ensuite je m’y habituai si bien que je trouvais très naturel de ne parler avec lui que de choses me concernant.

Encore une chose qui au commencement me déplaisait, et ensuite au contraire, me devint agréable : c’était son indifférence complète, son dédain pour mon visage. Jamais, ni du regard, ni par les paroles, il ne fit allusion à ma beauté. Mais au contraire, il fronçait les sourcils et souriait quand on disait devant lui que j’étais jolie. Il aimait mieux trouver en moi des défauts extérieurs, et m’en taquinait. Les robes à la mode et les coiffures dont Katia aimait à me parer les jours de fête, n’excitaient que ses railleries qui attristaient la bonne Katia et, au commencement même, m’étonnaient. Ayant jugé que je lui plaisais, elle ne pouvait nullement comprendre comment on peut ne pas désirer que la femme qui plaît ne se montre sous l’aspect le plus avantageux.

Moi, je compris bientôt ce qu’il lui fallait.