Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/257

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pour moi ce jour ? Pour beaucoup de causes ce jour est très important. Si je vous interroge, ce n’est pas pour faire montre de sympathie (vous savez que je suis habituée à vous et que je vous aime) je vous le demande, parce que j’ai besoin de le savoir. Pourquoi partez-vous ?

— Il m’est très difficile de vous dire franchement pourquoi je pars, dit-il. — Cette semaine j’ai beaucoup pensé à vous et à moi, et j’ai décidé qu’il me faut partir. Vous comprenez pourquoi, et si vous m’aimez, vous ne m’interrogerez pas.

Il frotta son front et ferma les yeux. — Ce m’est pénible… et vous pouvez le comprendre.

Mon cœur commençait à battre fortement.

— Je ne comprends pas, je ne puis pas, et vous, au nom de Dieu,… à cause de ce jour, dites-le moi ; je puis tout entendre avec calme, — dis-je.

Il changea de place, me regarda et de nouveau attira la branche.

— Cependant, — dit-il après un silence et d’une voix qu’il essayait en vain d’affermir — bien que ce soit sot et incompréhensible de raconter avec des paroles, bien que ce me soit pénible, je tâcherai de vous l’expliquer, — ajouta-t-il avec une grimace comme produite par un mal physique.

— Eh bien ? — dis je.

— Supposez un monsieur A, un homme vieux, qui a vécu, et une dame B, jeune, heureuse qui ne connaît encore ni les hommes, ni la vie. Par di-