Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/273

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dans les yeux, sur les cheveux, sur les vêtements. Quand nous causions, nos voix résonnaient et semblaient s’arrêter sur nous dans l’air immobile, comme si nous étions seuls au monde, seuls sous cette voûte bleue, où, en étincelant, se jouaient les rayons de ce soleil sans ardeur.

Je voulais aussi le tutoyer, mais j’avais honte.

— Pourquoi marches-tu si vite ? — dis-je hâtivement et presqu’en chuchotant. Je rougis malgré moi.

Il ralentit le pas et me regarda encore plus tendrement, encore plus gai et plus heureux.

Quand nous entrâmes à la maison, sa mère était déjà là, ainsi que les invités indispensables, et, jusqu’au moment où, sortant de l’église, nous nous mîmes en voiture pour aller à Nikolskoïé, je n’étais pas en tête-à-tête avec lui.

L’église était presque vide : d’un côté seulement je voyais sa mère, qui se tenait debout, droite, sur le tapis, près du chœur, Katia, en bonnet à rubans mauves, les larmes aux yeux et deux ou trois domestiques qui me regardaient curieusement. Lui, je ne le regardais pas, mais je le sentais près de moi. J’écoutais les paroles des prières, je les répétais, mais en mon âme, rien n’y répondait. Je ne pouvais prier et je regardais d’un œil indifférent les icônes, les cierges, la croix brodée sur la chasuble du prêtre, l’iconostase, les vitraux de l’église et je ne comprenais rien. Je sentais seule-