Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/295

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— Si tu savais ce que tu fais, — prononça-t-il d’une voix tremblante.

Je me mis à pleurer et me sentis soulagée. Il était assis près de moi et se taisait. J’avais peine pour lui, honte pour moi et du dépit pour ce que je faisais. Je ne le regardais pas. Il me semblait qu’en ce moment il me regardait étonné ou sévère. Je me retournai, un regard doux, tendre, implorant le pardon, était fixé sur moi. Je lui pris la main et lui dis :

— Pardonne-moi. Je ne sais moi-même ce que je disais.

— Oui, mais moi je le sais et tu as dit la vérité.

— Quoi ? — demandai-je.

— Qu’il nous faut partir à Pétersbourg ; ici, pour le moment, nous n’avons rien à faire.

— Comment ?… tu veux ?… — dis-je.

Il m’enlaça et m’embrassa.

— Pardonne-moi, — dit-il, — je suis coupable envers toi.

Ce soir je jouai longtemps pour lui, et il marchait dans la chambre en murmurant quelque chose. Il avait cette habitude et souvent je lui demandais ce qu’il murmurait, et lui, après avoir réfléchi, me disait toujours exactement ce que c’était.

Le plus souvent c’étaient des vers, parfois d’affreuses bêtises, mais telles, qu’après cela, je connaissais son état d’esprit.