Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/305

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objets, de plantes pour la campagne, se trouvait d’humeur particulièrement tendre et gaie, notre cousine, tout à fait à l’improviste, arriva chez nous et nous demanda de rester jusqu’au samedi, afin d’aller à la soirée de la comtesse R… Elle disait que la comtesse R… tenait beaucoup à m’avoir, que le grand-duc N…, alors à Pétersbourg, désirait beaucoup faire ma connaissance, qu’il ne venait que pour cela à la soirée, qu’il avait dit de moi que j’étais la plus jolie femme de la Russie. Toute la ville devait y être, et, en un mot, ce serait tout à fait mal à moi de ne pas y aller. Mon mari était à l’autre bout du salon, il causait à quelqu’un.

— Eh bien ! Macha ! alors vous viendrez ? — dit-elle.

— Nous voulions partir à la campagne après-demain, — répondis-je indécise, en jetant un regard sur mon mari. Nos yeux se rencontrèrent, il se détourna vivement.

— Je la persuade de rester, — dit sa cousine, — et nous irons samedi tourner les têtes. Hein ?

— Cela dérange nos plans, nous avons déjà emballé, — répondis-je, commençant déjà à céder.

— Mais ce serait mieux pour elle d’aller ce soir saluer le grand-duc, — dit du bout de la chambre mon mari, d’un ton contenu, irrité, que je n’avais encore jamais entendu.

— Ah ! il est jaloux ! Je m’en aperçois pour la première fois, — fit en riant notre cousine. — Mais