Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/31

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


a aucun intérêt à ce que j’y aille, et pour moi, c’est très mauvais.

Après ça, de dix jours il ne parut pas. Ensuite, une fois, pendant les fêtes, il arriva en habit, on voyait qu’il était en visite, et il resta toute la journée.

Il joua tout le temps. Il revint le lendemain et le surlendemain… Tout marchait comme auparavant. Moi je voulais jouer encore avec lui.

— Non, — dit-il. — Je ne jouerai plus avec toi, et les cent quatre-vingts que je te dois, viens chez moi, dans un mois, tu les recevras.

Bon, un mois après, je vins le trouver.

— Je te jure, — dit-il, — que je n’ai pas d’argent, mais viens jeudi.

J y allai le jeudi. Il occupait un appartement magnifique.

— Eh bien ! est-il à la maison ? — demandai-je.

— Il est encore au lit, — me dit-on.

— Bon, j’attendrai.

Son valet de pied était un de ses paysans. C’était un petit vieux, tout gris, simple, ne connaissant aucunement la politique. Nous nous mîmes à causer…

— Pourquoi, — dit-il — vivons-nous ici, avec mon maître ! Nous sommes tout à fait empêtrés ; et dans ce Pétersbourg il n’y a pour nous ni honneur, ni profit. En venant de la campagne, en route, nous pensions : ce sera comme du temps du feu seigneur, — qu’il ait le royaume du ciel !