Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/32

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Nous fréquenterons les princes, les comtes, les généraux ; nous pensions : nous prendrons une comtesse, une belle avec une dot et commencerons à vivre comme il convient à un gentilhomme ; et en réalité nous ne faisons que courir les restaurants. Ça va tout à fait mal ! La princesse Rtistcheva est notre tante, le prince Borotintzev, notre parrain. Eh quoi ! il y est allé une seule fois, à Noël, et depuis ne s’est plus montré. Leurs valets se moquent déjà :

— Quoi ! me disent-ils, votre maître n’est pas comme son père ?

Une fois, je lui ai dit :

— Eh monsieur, pourquoi n’allez-vous pas chez votre tante ? Elle est ennuyée de ne pas vous voir depuis si longtemps.

— C’est embêtant là-bas, Demianitch, — dit-il.

Voilà, il ne se plaît qu’au cabaret. S’il rentrait au service au moins, mais non, il s’occupe de cartes et de tout le reste, et toutes ces choses ne mènent jamais au bien… Eh ! eh ! eh ! nous périrons ainsi, pour rien !

La feue madame, — qu’elle ait le royaume du ciel — nous a laissé le plus riche domaine : plus de mille âmes et des bois pour trois cent mille. Il a maintenant engagé tout, vendu le bois, ruiné le domaine et quand même il n’a rien. C’est connu, sans le maître, le gérant devient lui-même plus que son maître. Ah bien oui ! qu’il remplisse seule-