Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/33

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ment sa poche et que là-bas tout périsse. Récemment, deux paysans sont venus. Ils ont apporté les plaintes de tout le domaine. « Il a ruiné le domaine » — disent-ils. Et lui ?… Il a lu les plaintes et a donné dix roubles à chaque paysan. « Bientôt j’irai là-bas moi-même, — dit-il. Je recevrai de l’argent, je paierai les dettes et alors je partirai. »

Et comment payer quand nous faisons sans cesse de nouvelles dettes ? Beaucoup ou peu à la fois nous avons dépensé cet hiver près de 80,000 roubles, et maintenant il n’y a pas un rouble à la maison. Et ça, toujours à cause de sa bonté. C’est un maître simple comme on ne saurait dire ; et c’est précisément pourquoi il se perd, comme ça, pour rien.

Et le vieux lui-même pleurait presque.

Il s’éveilla à onze heures et me fit appeler.

— On ne m’a pas envoyé d’argent, — dit-il, — mais je ne suis pas coupable. Ferme la porte.

Je la fermai.

— Voilà, — dit-il, — prends la montre ou l’épingle de diamant et engage-les. On t’en donnera plus de cent quatre-vingts roubles, et quand je recevrai l’argent, je les rachèterai.

— Quoi ! monsieur, — dis-je, — si vous n’avez pas d’argent il n’y a rien à faire. Donnez-moi au moins la montre ; pour vous, je puis consentir.

Et je vois que la montre vaut au moins trois cents roubles.