Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/326

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pas en essayant de m’arrêter. « Pas possible ! » pensais-je ; et, résolument je pressais le pas. Mais il me retenait et même serrait mon bras. L.-M… disparut au tournant de la route et nous restâmes seuls. Je fus effrayée.

— Permettez, — dis-je froidement, et je voulais dégager mon bras, mais la dentelle de ma manche s’accrocha à son bouton. Il se pencha vers moi, se mit à la détacher, et ses doigts dégantés touchèrent mon bras. Une sensation nouvelle, tantôt horrible, tantôt agréable, comme un frisson, parcourut mon dos. Je le regardai, voulant d’un regard froid exprimer tout le mépris qu’il m’inspirait ; mais mon regard ne disait pas cela : il exprimait l’effroi, l’émotion. Ses yeux brûlants, humides, près de mon visage, son regard passionné qui parcourait mon cou, ma poitrine, ses deux mains touchant mon bras au-dessus du poignet, ses lèvres ouvertes exprimaient le désir. Tout disait qu’il m’aimait, que j’étais tout pour lui ; ses lèvres se rapprochaient de moi, ses mains serraient plus fortement mon bras et me brûlaient. Le feu courait dans mes veines, mes yeux s’obscurcissaient, je tremblais et les paroles avec lesquelles je voulais l’arrêter se séchaient dans ma gorge. Tout à coup, je sentis un baiser sur ma joue et toute tremblante, frissonnante, je m’arrêtai et regardai. N’ayant la force ni de parler, ni de me mouvoir, pleine d’horreur, j’attendais et désirais quelque