Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/330

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Mais en regardant mon visage de plus près, il fut effrayé.

— Qu’as-tu ? qu’est-il arrivé ? — prononça-t-il.

— Rien, — répondis-je, retenant à peine mes larmes. — Je suis venue tout à fait. Partons en Russie, dès demain si tu le veux.

Il me regarda assez longtemps en silence et attentivement.

— Mais raconte-moi ce qui t’est arrivé ? — dit-il.

Malgré moi je rougis et baissai les yeux. Dans ses yeux brillait le sentiment de l’offense et de la colère. J’étais effrayée de penser ce qu’il pouvait s’imaginer et, avec une force de dissimulation que je ne me soupçonnais pas, je dis :

— Rien n’est arrivé. Tout simplement je commençais à m’ennuyer seule, et j’ai beaucoup pensé à notre vie et à toi. Je suis depuis si longtemps coupable envers toi. Pourquoi viens-tu avec moi, où il te déplaît ? Je suis depuis longtemps coupable envers toi, répétais-je ; et de nouveau des larmes emplissaient mes yeux. Allons à la campagne.

— Ah ! mon amie, fais-moi grâce des scènes sentimentales, — dit-il froidement. — Que tu veuilles aller à la campagne, c’est très bien, parce que nous avons peu d’argent, mais que tu le veuilles pour toujours, c’est un rêve ; je sais que tu ne le supporteras pas. Tiens, voilà du thé, bois,