Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/337

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pas mesurés, connus qui, ensuite, s’arrêtèrent. Mais déjà la sensation ancienne ne renaissait pas au bruit de ces pas. Quand j’eus achevé, les pas s’entendaient derrière moi et une main s’appuyait sur mon épaule.

— Comme tu es gentille d’avoir joué cette sonate, — dit-il.

Je me tus.

— Tu n’as pas pris de thé ?

Je hochai négativement la tête et ne le regardai pas pour ne point trahir mon émotion.

— Elles viendront tout à l’heure, le cheval s’est emballé ; elles sont descendues à la grand’route.

— Attendons-les, — dis-je, et je sortis sur la terrasse en espérant qu’il m’y suivrait. Mais il s’informa des enfants et se rendit près d’eux.

De nouveau, sa présence, sa voix simple, bonne, me disait que quelque chose était perdu par ma faute. Que puis-je désirer ? Il est bon, doux, bon mari, bon père, je ne sais moi-même ce qui me manque encore.

Je sortis sur le balcon et m’assis sous la tente de la terrasse, sur ce banc ou j’étais assise le jour de notre explication. Le soleil était déjà couché ; il commençait à faire nuit, des nuages sombres de printemps étaient suspendus au-dessus de la maison et du jardin ; à travers les arbres on n’apercevait qu’un coin pur du ciel avec le soleil couchant et la petite étoile du soir tout à l’heure allu-