Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/338

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mée. Partout l’ombre d’un léger nuage, et tout attendait la petite pluie douce du printemps. Le vent se calmait, pas une seule feuille, une seule herbe ne se mouvait. L’odeur de lilas et de merisier emplissait le jardin et la terrasse, tellement qu’on eût dit que l’air était en fleurs. Tantôt il diminuait, tantôt augmentait si bien qu’on avait le désir de fermer les yeux, de ne rien voir, rien sentir, sauf cette odeur agréable. Les dahlias et les massifs de roses encore incolores s’élançaient immobiles sur leurs tiges noires, et paraissaient monter lentement sur leurs supports blancs, taillés. Les grenouilles, comme pour profiter du dernier moment avant la pluie, coassaient de toutes leurs forces au-dessous du ravin. Un bruit tenu, ininterrompu, venant de l’eau, dominait ce cri. Les rossignols s’interpellaient, et on entendait comment, anxieux, ils volaient d’une branche à l’autre. Ce printemps, un rossignol avait essayé de nouveau de s’installer dans le massif, sous la fenêtre, et quand je sortis, je l’entendis s’enfuir derrière l’allée ; de là, moduler encore une fois et se taire comme en une attente.

En vain je me tranquillisais, j’attendais et regrettais quelque chose.

Il descendit d’en haut et vint s’asseoir près de moi.

— Je crois qu’elles se mouilleront ? — dit-il.

— Oui, — répondis-je. Et tous deux, nous nous tûmes assez longtemps.