Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/55

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chaque année, des postillons viennent ici par artels, que lui-même, bien que n’étant pas postillon de son métier, est allé à la poste pour que son frère ait un soutien, que, grâce à Dieu, il reçoit par an cent vingt roubles papier monnaie, dont il envoie cent à sa famille ; qu’il ferait bon vivre ici mais « que les courriers sont trop brutaux et que tout le monde dit des injures. »

— Pourquoi diable ce postillon m’a-t-il injurié ? Dieu, petit père ! Ai-je détaché ses chevaux exprès ? Suis-je un malfaiteur ! Et qu’a-t-il couru chercher les chevaux ! Ils viendront d’eux-mêmes. Comme ça il ne fera que fatiguer les chevaux et se perdra lui-même, — répétait le moujik pieux.

— Et qu’est-ce qui noircit là-bas ? — demandai-je en remarquant quelques objets noirs devant nous.

— C’est un convoi : En voilà une marche agréable ! — continua-t-il quand nous croisâmes les énormes charrettes couvertes de bâches qui marchaient à la file sur des roues. — Regarde, on ne voit pas un seul homme, tous dorment. Le cheval intelligent connaît sa route : on ne l’en détournera pas… Nous aussi nous avons mené le convoi, alors nous savons, — ajouta-t-il.

En effet, c’était étrange de voir ces énormes chariots couverts de neige de la bâche aux roues, qui s’avancaient tout seuls. Seulement, du coin de devant, se souleva un peu la bâche couverte de