Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/164

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vieillard, à une dame qui, assise en face de lui, l’écoutait naïvement.

— N’est-il pas déjà trop tard pour donner l’extrême-onction ? — demanda la dame en ajoutant le titre ecclésiastique, comme si elle n’avait aucune opinion à ce sujet.

— C’est un grand sacrement, madame, — répondit le prêtre en passant sa main sur sa tête chauve où ne restaient que quelques mèches de cheveux lisses, à moitié gris.

— Qui est-ce ? le commandant en chef lui-même ? — demandait-on à l’autre bout de la chambre. — Comme il paraît jeune !

— Et il a soixante-dix ans ! Quoi ? on dit que le comte ne reconnaît déjà plus ? Va-t-on déjà donner l’extrême-onction ?

— J’ai connu un monsieur qui a été mis en extrême-onction sept fois.

La seconde des princesses sortit de la chambre du malade avec des yeux pleins de larmes et s’assit près du docteur Lorrain, qui, dans une pose gracieuse, était assis sous le portrait de Catherine, et s’accoudait sur une table.

Très beau, — dit le docteur en répondant à une question sur le temps, — très beau, princesse, et puis, à Moscou, on se croit à la campagne.

N’est-ce pas ? — fit la princesse en soupirant. — Alors il peut boire ?

Lorrain devint pensif.