Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/214

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


plir aussi fidèlement que je le pourrai, sans m’inquiéter de mes sentiments à l’égard de celui qu’Il me donnera pour époux.

 » J’ai reçu une lettre de mon frère, qui m’annonce son arrivée à Lissia-Goréï avec sa femme. Ce sera une joie de courte durée puisqu’il nous quitte pour prendre part à cette malheureuse guerre, à laquelle nous sommes tous entraînés Dieu sait comment et pourquoi. Non seulement chez vous, au centre des affaires et du monde on ne parle que de guerre, mais ici, au milieu de ces travaux champêtres et du calme de la nature, que les citadins se représentent ordinairement à la campagne, les bruits de la guerre se font entendre et sentir péniblement. Mon père ne parle que marche et contre-marche, choses auxquelles je ne comprends rien ; et avant-hier, en faisant une promenade habituelle dans la rue du village, je fus témoin d’une scène déchirante… C’était un convoi de recrues enrôlées chez nous et expédiées pour l’armée. Il fallait voir l’état dans lequel se trouvaient les mères, les femmes, les enfants des hommes qui partaient et entendre les sanglots des uns et des autres ! On dirait que l’humanité a oublié les lois de son divin Sauveur, qui prêchait l’amour et le pardon des offenses, et qu’elle fait consister son plus grand mérite dans l’art de s’entre-tuer.

» Adieu, chère et bonne amie, que notre divin