Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/237

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


dur, il me semble — dit le prince André, exprès sans doute pour étonner ou éprouver sa sœur en parlant si légèrement de leur père.

— Tu es bon, en tout, André, mais tu as des pensées d’orgueil, et c’est un grand péché, — prononça la princesse, en suivant plutôt la marche de sa pensée que celle de la conversation. — Peut-on juger son père ? Et si c’était possible, peut-il exister un sentiment autre que la vénération pour un homme comme notre père ? Et je suis si contente et si heureuse avec lui. Je désire seulement que tous soient heureux comme moi.

Le frère, avec méfiance hocha la tête.

— Une seule chose m’est pénible, je te dirai la vérité, André, ce sont les idées religieuses de père. Je ne comprends pas qu’un homme d’un si grand esprit ne puisse voir ce qui est clair comme le jour, et s’égare ainsi ! Voilà, c’est mon seul chagrin. Mais toutefois, ces derniers temps, je vois à cela une ombre d’amélioration. Ses moqueries sont moins acerbes, et il a reçu un moine et a longuement parlé avec lui.

— Eh ! mon amie, j’ai peur que vous ne dépensiez inutilement votre poudre avec votre moine, — fit le prince André, à la fois railleur et tendre.

Ah ! mon ami ! je ne fais que prier Dieu et j’espère, André, qu’il m’écoutera — dit-elle timidement, et après un moment de silence. — J’ai une grande prière à t’adresser.