Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/84

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dont nous célébrons la fête. Mais venez donc dîner. Vous m’offenseriez, mon cher. Je vous le demande cordialement au nom de toute la famille, ma chère. Avec la même expression sur son visage plein, gai, et soigneusement rasé, avec la même poignée de main et les mêmes saluts brefs, répétés, il disait ces paroles à tous sans exception et sans y rien changer. Ayant reconduit le visiteur, le comte revenait à celui ou à celle qui était encore au salon, approchait un fauteuil et de l’air d’un homme qui aime rire et sait rire, en écartant bravement les jambes, les mains posées sur ses genoux, il se balançait avec importance, disait ses prédictions sur le temps, ses conseils hygiéniques, parfois en langue russe, parfois en un français très mauvais, mais très hardi. Et de nouveau, de l’air d’un homme fatigué mais ferme dans l’accomplissement de son devoir, il allait reconduire son visiteur en lissant sur son crâne de rares cheveux gris, et de nouveau, il invitait à dîner. Parfois, en revenant de l’antichambre, il allait par la serre et l’office dans la grande salle aux murs de marbre où l’on préparait une table de quatre-vingts couverts, et, regardant le maître d’hôtel qui apportait l’argenterie et la porcelaine, qui arrangeait les tables et dépliait les nappes damassées, il appelait Dmitri Vassilievitch, d’origine noble, qui s’occupait de toutes ses affaires, et il lui disait :

— Eh bien, Mitenka, veille que tout soit bon.