Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/122

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Tous les personnages du quartier général se trouvaient encore sous le charme du Conseil supérieur de la guerre, favorable au parti des jeunes. Les voix timorées qui conseillaient d’attendre encore quelque événement avant de prendre l’offensive étaient si bien étouffées, leurs objections étaient repoussées par des preuves si éclatantes, que la question qu’on avait traitée dans le conseil — la future bataille et sans doute la victoire — semblait déjà n’être pas dans l’avenir, mais dans le passé. Tous les avantages étaient de notre côté. Les forces énormes qui surpassaient sans doute les forces de Napoléon étaient concentrées en un endroit. Les troupes étaient animées par la présence de l’empereur et impatientes de se battre. Le point stratégique où il fallait opérer était connu jusqu’aux moindres détails du général autrichien Veyroter qui guidait les troupes (un hasard heureux faisait que les troupes autrichiennes avaient fait précisément les manœuvres sur ce même champ où maintenant il falfait se battre avec les Français) ; le pays était relevé sur des cartes, et Bonaparte, visiblement affaibli, n’entreprendrait rien.

Dolgoroukov, un des partisans les plus convaincus de l’offensive, venait de rentrer du Conseil, fatigué et tourmenté, mais animé et fier de la victoire remportée. Le prince André présenta son protégé ; le prince Dolgoroukov serra poli-