Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/138

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


s’agitait et s’ébranlait comme une immense toile de dix verstes, la masse des quatre-vingt mille hommes de l’armée alliée.

Le mouvement concentré qui avait commencé le matin dans le quartier général des empereurs et qui avait donné le branle à tout le mouvement lointain, était semblable au premier mouvement de la roue centrale de la grande horloge d’une tour. Lentement une roue se remue, puis une deuxième, une troisième, puis toutes commencent à se mouvoir de plus en plus rapidement ; les poulies, les essieux crient, la sonnerie tinte, des figures se dressent, et lentement les aiguilles commencent à se mouvoir en indiquant le résultat du mouvement.

Comme dans le mécanisme de l’horloge, dans le mécanisme militaire, le mouvement, une fois donné, ne peut s’arrêter avant qu’il n’ait été jusqu’au bout ; de même qu’avant la mise en mouvement, les parties du mécanisme qui ne sont pas encore entrées en fonction sont immobiles : les roues s’engrènent en s’accrochant par des dents, les poulies tournent rapidement en sifflant, mais la roue voisine reste immobile, on dirait qu’elle va rester ainsi des centaines d’années ; mais le moment est venu, une dent l’a accrochée, et, obéissant à ce mouvement, la roue tourne en grinçant et se confond dans une action dont elle ne comprend ni le but ni le résultat.