Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/139

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De même que dans l’horloge, où le résultat du mouvement compliqué des innombrables roues et poulies n’est qu’un déplacement lent et mesuré de l’aiguille qui indique le temps, le résultat de tous les mouvements humains, compliqués, de ces cent soixante mille Russes et Français, de toutes ces passions, des désirs, des regrets, des humiliations, des élans orgueilleux, de la peur, de l’enthousiasme de ces hommes, était seulement la perte de la bataille d’Austerlitz, appelée bataille des Trois Empereurs, c’est-à-dire le mouvement lent de l’aiguille de l’histoire universelle sur le cadran de l’histoire de l’humanité.

Le prince André était de service ce jour-là, et n’avait pas quitté le général en chef.

À six heures du soir, Koutouzov arrivait au quartier général des empereurs, et, passant peu de temps chez l’empereur, allait chez le grand maréchal de la cour, comte Tolstoï.

Bolskonskï profita de ce moment pour entrer chez Dolgoroukov et prendre des détails de l’affaire. Le prince André sentait que Koutouzov était troublé et contrarié de quelque chose et qu’au quartier général on était mécontent de lui, que tous les personnages du quartier général des empereurs avaient avec lui le ton de personnes qui savent quelque chose que les autres ignorent, c’est pourquoi il désirait causer à Dolgoroukov.

— Bonjour, mon cher, — dit Dolgoroukov qui