Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/140

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prenait le thé avec Bilibine, — demain c’est le grand jour. Eh bien, votre vieux ? Pas de bonne humeur ?

— Je ne puis dire qu’il n’est pas de bonne humeur, mais il me semble qu’il désirerait être écouté.

— Mais on l’a écouté au Conseil, et on l’écoutera quand il parlera sensément. Mais retarder et attendre quelque événement, maintenant que Bonaparte redoute par-dessus tout la bataille décisive, c’est impossible.

— Vous l’avez vu ? Eh bien comment est-il Bonaparte ? Quelle impression vous a-t-il produite ? demanda le prince André.

— Oui, je l’ai vu et me sens convaincu qu’il craint plus que tout au monde la bataille générale, répéta Dolgoroukov, donnant évidemment une grande importance à cette conclusion tirée par lui de son entrevue avec Napoléon. — S’il n’avait pas peur de la bataille, pourquoi demanderait-il cette entrevue, engagerait-il des pourparlers, et surtout pourquoi reculerait-il tandis que la retraite est si contraire à toute sa tactique guerrière ? Croyez-moi, il craint, il redoute la bataille générale. Son heure est sonnée. C’est moi qui vous le dis.

— Mais racontez-moi comment il est, demanda de nouveau le prince André.

— Lui ! C’est un homme en redingote grise qui désirait beaucoup que je l’appelasse Votre