Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/183

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— Pourquoi ne commencez-vous pas, Mikhaïl Ilarionovitch ? demanda hâtivement l’empereur Alexandre à Koutouzov, en regardant en même temps, avec politesse, l’empereur Frantz.

— J’attends, Votre Majesté, — répondit Koutouzov en s’inclinant respectueusement.

L’empereur pencha l’oreille, fronça un peu les sourcils en laissant comprendre qu’il n’avait pas bien entendu.

— J’attends, Votre Majesté, — répéta Koutouzov.

Le prince André remarqua chez Koutouzov un tremblement anormal de la lèvre inférieure pendant qu’il disait ce « j’attends. » — Toutes les colonnes ne sont pas encore rassemblées, Votre Majesté.

L’empereur entendit cette réponse, mais on voyait qu’elle ne lui plaisait pas. Il haussa son dos un peu voûté, regarda Novosiltzov qui se trouvait près de lui et sembla dans ce regard se plaindre de Koutouzov.

— Nous ne sommes pas au Champ de Mars Mikhaïl Ilarionovitch, où l’on ne commence pas la parade avant que tous les régiments ne soient assemblés, — dit l’empereur en regardant de nouveau les yeux de l’empereur Frantz, comme s’il l’invitait sinon à prendre part à ce qu’il disait, du moins à l’écouter.

Mais l’empereur Frantz continuait à regarder autour de lui et n’écoutait pas.

— C’est justement pour cela, sire, que je ne