Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/244

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tiste elle se moque des vieux ! — dit le comte.

— Eh quoi, Votre Excellence, il ne leur faut que bien manger, et quant aux apprêts et au service ils ne s’en occupent pas.

— Oui, c’est ça, c’est ça ! s’écria le comte ; et en saisissant gaiement les mains de son fils il dit :

— Alors voilà pour être tombé chez moi : prends tout de suite le traîneau à deux chevaux, va chez Bezoukhov et dis-lui que le comte Ilia Andréiévitch a envoyé demander chez lui des fraises et des ananas frais, il n’y en a nulle part ailleurs. S’il n’est pas là alors dis-le aux princesses. De là va à Razgoulaï, — le cocher Ipatka sait où — là-bas tu trouveras le tzigane Iluchka, celui qui dansait en casaquin blanc chez le comte Orlov, tu te rappelles ; amène-le ici, chez moi.

— L’amener ici avec les bohémiennes ? demanda en riant Nicolas.

— Bien, bien !

À ce moment Anna Mikhaïlovna entrait dans la chambre d’un pas imperceptible, avec l’air soucieux et en même temps chrétien et résigné qui ne la quittait jamais.

Anna Mikhaïlovna voyait chaque jour le comte en robe de chambre, et, malgré cela, chaque fois il se sentait confus et s’excusait de son costume.

— Ce n’est rien, cher comte, — dit-elle en fermant modestement les yeux. — C’est moi qui irai chez Bezoukhov. Pierre est arrivé et maintenant