Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/253

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fait des prodiges… — Ah ! Vassili Ignatitch !… bonjour, mon cher, — fit-il à un vieillard qui passait à ce moment. Mais il n’achevait pas son salut que tous se remuaient et que le valet, accourant avec un visage effrayé, annonçait : « Il est arrivé ! »

Les sonnettes retentirent. Le comité du club se précipita en avant, les invités dispersés en divers endroits, comme du blé secoué sur une pelle, se réunirent en tas et s’arrêtèrent dans le grand salon, près de la porte de la salle.

Bagration parut dans la porte d’entrée.

Il n’avait ni chapeau, ni épée, l’ayant laissée chez le portier, selon l’usage du club. Il n’était pas en bonnet fourré, le fouet de Cosaque en bandoulière, comme Rostov l’avait vu la nuit d’avant la bataille d’Austerlitz ; il était en uniforme neuf avec des décorations russes et étrangères, la croix de Saint-Georges au côté gauche. Évidemment, avant le dîner il s’était fait couper la barbe et les cheveux, ce qui changeait désavantageusement sa physionomie. Son visage avait une expression naïve, une expression de fête, d’un effet un peu comique, vu ses traits fermes et mâles. Bekleschov et Fedor Petrovitch Ouvarov qui l’accompagnaient, s’arrêtèrent sur le seuil, afin que lui, l’hôte principal, passât devant eux. Bagration, confus, ne voulait pas profiter de leur courtoisie. Un arrêt se fit dans la porte ; enfin Bagration passa