Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/28

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Pierre, qui lui était tant obligé (mais que Dieu soit avec lui !), n’agissait pas tout à fait bien dans cette affaire. La jeunesse… la frivolité… mais Dieu soit avec lui ! pensait le prince Vassili charmé de se sentir si bon ; mais il faut que ça finisse. Après-demain la fête de Lili, j’inviterai quelques amis, et s’il ne comprend pas ce qu’il a à faire, alors ce sera à moi d’agir. Oui c’est mon affaire, je suis le père ! »

Pierre, un mois et demi après la soirée chez Anna Pavlovna, après la nuit troublée, sans sommeil, qui la suivit et où il avait décidé que le mariage avec Hélène serait un malheur et qu’il lui fallait l’éviter et partir, Pierre, après cette décision, ne quitta pas la demeure du prince Vassili et sentit avec horreur qu’aux yeux du monde, chaque jour il se liait davantage avec elle, qu’il ne pouvait absolument revenir à son ancienne opinion sur elle, qu’il ne pouvait non plus se détacher d’elle, que ce serait terrible, mais qu’il devait lier son sort au sien. Peut-être eut-il pu s’abstenir, mais il ne se passait pas un jour sans que le prince Vassili (chez qui les réceptions étaient ordinairement très rares) ne donnât une soirée à laquelle Pierre devait assister s’il ne voulait pas gâter le plaisir de tous et tromper leurs espérances. Le prince Vassili, dans les rares moments qu’il était à la maison, en passant devant Pierre, lui tirait la main en bas, distraitement lui tendait à baiser sa joue rasée et