Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/360

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Moi ? À Pétersbourg, répondit Pierre d’une voix enfantine, hésitante. Je vous remercie ; je suis d’accord avec vous, sur tout. Mais ne pensez pas que je sois si mauvais. De toute mon âme je voudrais être celui que vous voudriez que je fusse ; mais jamais, en personne, je ne trouvai d’aide… Du reste, moi-même suis le premier coupable… Aidez-moi, instruisez-moi et peut-être serai-je… Pierre ne pouvait plus parler. Il aspira fortement et se détourna.

Le maçon se tut longtemps ; on voyait qu’il réfléchissait.

— L’aide ne vient que de Dieu, dit-il ; mais celle que notre ordre peut donner, il vous la donnera, monsieur. Vous allez à Pétersbourg ; remettez ceci au comte Villarsky. (Il tira son portefeuille et écrivit quelques mots sur une grande feuille de papier pliée en quatre.) Permettez-moi de vous donner un conseil. Arrivé dans la capitale, consacrez les premiers temps à l’isolement, à l’examen de vous-même et ne vous engagez pas dans les anciennes voies de la vie. Enfin je vous souhaite un bon voyage, et du succès…, dit-il en remarquant que son domestique venait d’entrer dans la chambre. Le voyageur était Ossip Alexiévitch Bazdéiev, comme Pierre l’apprit par le livre du maître de poste. Bazdéiev était un des maçons et des martinistes les plus connus, encore du temps de Novikov.