Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/422

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Partout, Pierre voyait, sur les livres du gérant, que les corvées étaient diminuées, et des délégations de paysans en caftans bleus venaient l’en remercier.

Pierre ignorait seulement que là où on lui donnait le pain et le sel et où l’on construisait un autel au nom de saint Pierre et saint Paul, c’était un village commerçant dont la foire était le jour de la Saint-Pierre, que l’autel était commencé depuis longtemps par les riches paysans du village, par ceux qui s’étaient présentés à lui, et que les neuf dixièmes des paysans de ce village étaient dans la pire détresse.

Il ignorait que du fait qu’on avait cessé, sur son ordre, d’envoyer à la corvée les femmes-mères avec leurs nourrissons, ces mêmes femmes faisaient à la maison des travaux plus pénibles. Il ignorait que le prêtre qui l’avait rencontré avec la croix opprimait les paysans par ses exigences, que ses élèves lui étaient laissés les larmes aux yeux et que les parents devaient lui donner beaucoup d’argent pour les racheter.

Il ignorait que les bâtiments de pierre étaient construits par les paysans et augmentaient leur corvée, allégée seulement sur le papier. Il ignorait que là où l’intendant lui montrait sur le livre la diminution d’un tiers de la redevance, la corvée était augmentée de moitié. Aussi Pierre était-il enchanté de son voyage dans ses domaines et il re-