Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/501

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dirent de cheval et se prirent la main. Un sourire faux, désagréable, était sur le visage de Napoléon. Alexandre, avec une expression amicale, lui disait quelque chose.

Rostov, sans baisser les yeux, malgré les pas des chevaux des grenadiers français qui faisaient reculer la foule, suivait chaque mouvement de l’empereur Alexandre et de Bonaparte. Il était frappé de ce fait inattendu pour lui, qu’Alexandre se tenait avec Bonaparte comme avec un égal, et que celui-ci se montrait très à son aise avec l’empereur russe, comme si cette proximité avec l’empereur lui était naturelle et familière.

Alexandre et Napoléon, avec la longue file de leur suite, s’approchaient du flanc droit du bataillon de Préobrajensky, en marchant droit sur la foule qui se tenait là. Tout à fait par surprise, la foule se trouvait si près des empereurs que Rostov, qui était dans les rangs de devant, eut peur d’être reconnu.

Sire, je vous demande la permission de donner la légion d’honneur au plus brave de vos soldats… dit la voix sèche, précise, qui accentuait chaque syllabe. Le petit Napoléon parlait ainsi en regardant droit dans les yeux d’Alexandre.

Alexandre écoutait attentivement ce qu’il disait et, inclinant la tête, sourit agréablement.

À celui qui s’est le plus vaillamment conduit dans cette dernière guerre, — ajouta Napoléon en