Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/52

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faire belle. Elle était si laide que ni à l’une ni à l’autre ne pouvait venir en tête la pensée de l’avoir pour rivale, c’est pourquoi tout sincèrement, avec cette conviction naïve et ferme des femmes que la toilette peut embellir le visage, elles se mirent à l’habiller.

— Non, vraiment, ma bonne amie, cette robe n’est pas bien, dit Lise en regardant de loin et de côté, la princesse. — Non, donne l’ordre d’apporter la robe massacat. Vraiment ! quoi, il se peut que ce soit le sort de ta vie qui se décide. Et c’est vraiment trop clair. Pas bien, pas bien !

Ce n’était pas la robe qui n’était pas bien, mais tout le visage et la personne de la princesse. Mais mademoiselle Bourienne et la petite princesse ne sentaient pas cela, il leur semblait qu’en mettant un ruban bleu dans les cheveux bouffants, en ôtant le ruban bleu de la robe brune, etc., alors tout irait bien.

Elles oubliaient qu’on ne pouvait pas changer le visage effaré et la stature, et c’est pourquoi, malgré toutes les modifications du cadre et de l’ornement du visage, il restait triste et laid.

Après deux ou trois changements auxquels la princesse Marie se soumettait docilement, quand elle fut coiffée en l’air, coiffure qui changeait et gâtait son visage, quand elle fut dans l’écharpe bleue et la robe massacat, la petite princesse fit deux fois le tour d’elle, de sa petite main réparant