Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/64

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— C’est moi la coupable, mon père, — prononça, en rougissant, la petite princesse.

— Vous, vous êtes libre, — dit le prince Nicolas Andréiévitch en s’inclinant devant sa bru, — mais elle n’a pas besoin de se défigurer, elle est assez laide sans cela. — Et il se rassit à sa place sans faire attention à sa fille prête à pleurer.

— Au contraire, cette coiffure va très bien à la princesse, — intervint le prince Vassili.

— Eh bien, mon cher jeune prince, comment l’appelle-t-on, hein ? — dit le prince Nicolas Andréiévitch en s’adressant à Anatole. — Viens ici, causons, faisons connaissance.

« La farce va commencer ! » pensa Anatole : et, en souriant, il s’assit près du vieux prince.

— Eh bien, voilà : on dit, mon cher, que vous avez été élevé à l’étranger ; ce n’est pas comme nous, moi et ton père, à qui un sacristain a enseigné à lire et écrire. Dites-moi, mon cher, vous servez maintenant dans la garde à cheval ? — Et le vieux regardait de très près et fixement Anatole.

— Non, j’ai passé dans l’armée, répondit Anatole, se retenant à peine de rire.

— Ah ! c’est bien Quoi, mon cher, vous voulez servir l’Empereur et la patrie ? On est à la guerre. Un pareil gaillard doit servir. Êtes-vous du service actif ?

— Non, prince. Notre régiment est déjà en