Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/77

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— Il n’y a rien à dire ! On lui ordonnera, il se mariera, et non seulement avec toi, mais avec n’importe qui… Mais toi, tu es libre de choisir… Va chez toi et réfléchis. Dans une heure reviens ici et, devant lui dis, oui ou non. Je sais que tu vas prier. Eh bien, prie si tu veux, mais tu ferais mieux de réfléchir. Va.

— Oui ou non ! Oui ou non ! Oui ou non ! — cria-t-il encore, pendant que la princesse Marie, sortait du cabinet comme dans un brouillard, en chancelant. Son sort se décidait, et se décidait heureusement. Mais l’allusion relative à mademoiselle Bourienne, prononcée par le père, était affreuse. Ce n’était pas vrai, par exemple, mais c’était quand même terrible. Elle ne pouvait s’empêcher d’y penser. Elle marchait tout droit devant elle, à travers le jardin d’hiver, ne voyant, n’entendant rien, quand tout à coup, le chuchotement connu de mademoiselle Bourienne, la tira de ses rêveries. Elle leva les yeux, et à deux pas, elle aperçut Anatole qui enlaçait la Française et lui murmurait quelque chose. Anatole, avec une expression terrible sur son beau visage, se tourna vers la princesse Marie et, au premier moment ne lâcha pas la taille de mademoiselle Bourienne qui ne la voyait pas.

« Qui est là ? Pourquoi ? Attendez ! » semblait dire le visage d’Anatole.

La princesse Marie les regardait en silence. Elle ne pouvait comprendre. Enfin, mademoiselle Bou-