Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol9.djvu/12

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Telle était cette amitié que, dans les hautes sphères, on parlait de la possibilité d’un mariage entre Napoléon et l’une des sœurs de l’empereur Alexandre. Mais outre les conditions politiques extérieures, dans ce temps, l’attention de la société russe était vivement fixée sur les réformes intérieures qui s’accomplissaient alors dans toutes les parties de l’administration.

Cependant la vie, la vraie vie des hommes, avec leurs intérêts essentiels de santé, de maladie, de travail, de repos, avec leurs aspirations intellectuelles vers les sciences, la poésie, la musique, l’amour, l’amitié, la haine, les passions, coulait comme toujours, indépendante, sans se préoccuper de l’amitié politique ou de l’hostilité pour Bonaparte, ni de toutes les réformes possibles.




Depuis deux ans, le prince André vivait constamment à la campagne.

Toutes les entreprises qu’avait commencées Pierre dans ses domaines, sans arriver à aucun résultat, passant sans cesse d’une affaire à l’autre, toutes ces entreprises étaient accomplies par le prince André sans qu’il les exposât à n’importe qui et sans travail apparent.

Il avait, développée au plus haut degré, cette ténacité pratique qui manquait à Pierre et qui, sans effort et sans secousse de sa part, donnait l’impulsion aux entreprises.