Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol9.djvu/14

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Au printemps de 1809, il alla dans la province de Riazan visiter le domaine de son fils, dont il était le tuteur.

Chauffé par le soleil du printemps, assis dans sa voiture, il regardait la première herbe, les premières feuilles des bouleaux et les premiers nuages blancs printaniers qui couraient sur le bleu clair du ciel. Il ne pensait à rien et gaiement, sans réfléchir, il regardait de tous côtés.

La voiture dépassa le bac où l’année précédente il causait avec Pierre, le village boueux, les enclos, les champs de blé d’hiver, la descente, avec de la neige qui restait encore près du pont, la montée argileuse qui traversait les chaumes et les buissons verdissants, puis elle entra dans la forêt de bouleaux qui bordait les deux côtés de la route. Dans la forêt, il faisait presque chaud. Il n’y avait pas de vent. Les bouleaux, couverts de feuilles vertes, grasses, ne remuaient pas et, au-dessous des feuilles de l’année passée, les soulevant, apparaissaient avec la première herbe, les fleurs lilas. Dispersés de ci de là dans la forêt de bouleaux, de petits sapins avec leur verdure, sombre, éternelle, rappelaient désagréablement l’hiver. Les chevaux s’ébrouèrent en entrant dans le bois ; ils étaient couverts de sueur.

Le valet Pierre dit quelque chose au cocher ; celui-ci répondit affirmativement ; mais évidemment l’assentiment du cocher ne suffisait pas à