Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol9.djvu/15

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Pierre ; il se tourna sur le siège vers son maître.

— Votre Excellence, comme c’est bon à respirer ! dit-il en souriant respectueusement.

— Quoi ?

— C’est bon, Votre Excellence.

— « Que dit-il ? pensa le prince André. Ah ! oui, le printemps probablement, et il regardait alentour. Et c’est déjà vert ; tout est déjà vert. Comme c’est prompt ! Et le bouleau, le merisier et l’aulne commencent déjà… Et le chêne, on ne le voit pas encore. Oui, voilà le chêne ! »

Un chêne était au bord de la route. Probablement dix fois plus vieux que les bouleaux qui formaient la forêt, il était dix fois plus gros et deux fois plus haut que chacun d’eux. C’était un énorme chêne de deux brassées ; des branches étaient brisées probablement depuis longtemps, l’écorce crevassée était couverte de vieux lichens. Avec ses énormes bras et ses doigts asymétriques, écartés, il semblait parmi les bouleaux souriants, un vieux monstre méchant et dédaigneux. Seuls les petits sapins mornes, éternellement verts, dispersés dans la forêt, et le chêne, ne voulaient pas se soumettre au charme du printemps, se refusaient à voir le soleil.

« Le printemps, l’amour et le bonheur ! semblait dire ce chêne. Essuyer toujours la même tromperie grossière, insensée, toujours la même chose, toujours le mensonge ! Il n’y a ni printemps, ni soleil,