Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol9.djvu/229

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cante, joyeuse et triomphante, poussait des cris si perçants qu’ils résonnaient dans les oreilles. Par ces sons elle exprimait tout ce que les autres chasseurs exprimaient par leurs paroles. Et ce cri était si sauvage qu’elle-même en aurait eu honte, et que tous, en un autre temps, en auraient été étonnés. L’oncle lui-même arrangea le lièvre, le jeta sur la croupe du cheval, et, comme s’il en voulût à tout le monde, d’un air de ne vouloir même causer à personne, il monta sur son cheval et partit seul.

Tous, sauf lui, se séparaient tristes et froissés et seulement longtemps après pouvaient se mettre à feindre l’indifférence. Pendant longtemps encore ils regardaient le rouge Rougaï qui, tout couvert de boue, le dos voûté, en secouant son collier, d’un air calme et vainqueur, marchait derrière les pattes du cheval de l’oncle.

Et Nicolas voyait dans l’expression du chien : « Quoi ! je suis comme les autres quand il n’y a pas la course ; mais alors, prenez garde ! »

Quand, longtemps après, l’oncle s’approcha de Nicolas et lui causa, celui-ci fut flatté qu’après tout ce qui s’était passé il daignât encore lui parler.