Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/178

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plus agréable, ne se doutant nullement que je ne savais absolument que faire de mes jambes.

Je savais que le pas de Basques n’était pas admis et même qu’il pourrait m’attirer un affront ; mais l’air connu de la mazurka, agissant sur mon ouïe, produisit une excitation directe de mes nerfs acoustiques qui à leur tour transmirent ce mouvement à mes jambes ; et celles-ci, tout à fait involontairement et au grand étonnement des spectateurs, commencèrent à faire le pas fatal, rond, sur la pointe des pieds. Quand nous avancions en ligne droite cela allait encore, mais je m’aperçus qu’au tournant si je ne faisais pas attention, je devancerais ma danseuse. Pour éviter ce scandale, je m’arrêtai avec l’intention de faire ce même petit tour que j’avais vu faire si élégamment au jeune homme du premier couple. Mais au moment même où, les jambes écartées, je m’apprêtais à sauter, la princesse tournant rapidement autour de moi se mit à contempler mes pieds d’un air d’étonnement et de curiosité bête. Ce regard me perdit. Je me troublai tellement, qu’au lieu de danser je piétinai sur place d’une façon qui ne concordait ni avec la mesure, ni avec rien ; enfin, je m’arrêtai tout à fait. Tout le monde me regardait, qui avec surprise, qui avec curiosité, qui d’un air railleur, qui avec compassion : grand’mère seule regardait avec une indifférence complète.

Il ne fallait pas danser si vous ne savez pas !