Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/184

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mardi, et si on ne nous le permet pas, j’y courrai seul, sans chapeau, je sais le chemin.

— Savez-vous ? — fit subitement Sonitchka, je tutoie toujours les jeunes garçons qui viennent à la maison ; voulez-vous aussi que nous nous tutoyions ? Veux-tu ? — ajouta-t-elle en secouant la tête et me regardant droit dans les yeux.

À ce moment nous entrions dans la salle où commençait une nouvelle partie, très animée, du grand-père.

— Eh bien.., vous… — dis-je un peu après, quand la musique et le bruit pouvaient étouffer mes paroles.

— Mais non, toi et pas vous — corrigea Sonitchka en riant.

Le grand-père s’acheva avant que j’eusse pu prononcer une seule phrase avec tu, bien que je n’eusse cessé d’en inventer où ce pronom se répétait plusieurs fois. Je n’avais pas assez d’audace pour cela. « Veux-tu ? » « Mais non, toi » sonnaient à mes oreilles et me causaient un enchantement quelconque. Je ne voyais rien ni personne, sauf Sonitchka. Je regardais comment elle relevait ses cheveux bouclés et les ramenait derrière l’oreille découvrant ainsi une partie du front et des tempes que je n’avais pas encore vue. Je vis comment on l’enveloppa si soigneusement dans le châle vert qu’on n’apercevait plus que le bout de son petit nez : je remarquai que, si elle n’avait pas fait, de