Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/193

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a déjà déchiré trois feuilles de papier en disant : « Je sais comme papa est moqueur, si l’on fait une petite faute, il la montrera à tout le monde. » Katenka est toujours gentille, Mimi aussi bonne et aussi ennuyeuse.

» Maintenant parlons de choses sérieuses : tu me dis que tes affaires ne vont pas bien cet hiver, et qu’il te sera nécessaire de prendre l’argent de Khabarovka. Je trouve même étrange que tu me demandes mon consentement pour cela ; est-ce que tout ce qui m’appartient n’est pas aussi à toi ?

» Tu es si bon, cher ami, que pour ne pas m’attrister, tu me caches la vraie situation de tes affaires, mais je devine ; tu as sans doute beaucoup perdu au jeu, et je te jure que je n’en suis nullement attristée. C’est pourquoi, si seulement on peut réparer cela, n’y pense pas trop, je t’en prie, et ne te tourmente pas inutilement. Je suis habituée non seulement à ne pas compter sur tes gains, pour les enfants, mais même, pardonne-moi, à ne pas compter sur ta fortune. Je ne suis pas plus joyeuse de tes gains, qu’attristée de tes pertes, ce qui m’afflige seulement, c’est cette malheureuse passion du jeu qui m’enlève une partie de ta douce tendresse et me force à te dire, maintenant par exemple, une si amère vérité, et Dieu sait comme cela m’est douloureux. Je ne cesse de le prier, non pour qu’Il nous préserve… de la pauvreté (qu’importe la pauvreté ?) mais de cette terrible situation, quand les