Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/209

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Lubotchka, en robe noire garnie de pleureuses, tout en larmes, baissait la tête, regardait rarement le cercueil et son visage n’exprimait que la peur enfantine. Katenka se tenait près de sa mère, et malgré sa mine allongée, son visage était rose comme toujours.

La nature franche de Volodia était franche aussi dans la douleur : tantôt il restait pensif, le regard fixé sur un objet quelconque, tantôt, subitement, sa bouche se tordait, et il faisait des signes de croix et s’inclinait.

Tous les étrangers qui étaient aux funérailles me semblaient insupportables ; les phrases de consolation qu’ils disaient à mon père — que là-bas elle serait mieux, qu’elle n’était pas de ce monde, — me causaient une sorte d’irritation.

Quel droit avaient-ils de parler d’elle, de la pleurer ? Quelques-uns d’entre eux, parlant de nous, nous ont appelés orphelins, comme si on ne savait pas sans eux qu’on désigne de ce nom les enfants qui n’ont plus de mère ! Ils étaient sans doute contents d’être les premiers à nous appeler ainsi, de même qu’on s’empresse d’appeler pour la première fois une fille mariée : madame.

Dans un coin reculé de la chambre, se cachant presque derrière la porte ouverte d’une armoire, une vieille femme voûtée, à cheveux gris, était à genoux. Les mains jointes, elle levait les yeux au ciel, priait, mais ne pleurait pas. Son âme aspirait