Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/232

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ment en agitant la queue, et à petits pas rapides, s’en va à l’autre bout de la cour. La maîtresse du logis, affairée, ouvre les portes grinçantes, chasse les vaches sur le chemin, où l’on entend déjà les piétinements et les mugissements du troupeau, et elle jette quelques mots à sa voisine somnolente. Philippe, les manches de sa chemise retroussées, tire du puits profond, au moyen d’une poulie et en en renversant un peu, un seau d’eau claire qu’il verse dans un baquet de chêne, près de la mare, où les canards, déjà éveillés, se baignent. Moi, avec plaisir, je regarde le corps vigoureux de Philippe, et sa forte barbe et ses grosses veines et les muscles qui se dessinent nettement sur ses bras nus, robustes, quand il fait quelque effort.

Derrière la cloison de la chambre où ont dormi les fillettes et Mimi, et dans laquelle nous avons causé toute la soirée, on entend un mouvement. C’est Macha, avec divers objets qu’elle essaie de soustraire à notre curiosité en les cachant avec sa robe. Elle court de plus en plus souvent devant nous, enfin la porte s’ouvre et on nous appelle pour prendre le thé.

Vassili, dans son zèle intempestif, entre sans cesse dans la chambre, enlève tantôt une chose, tantôt une autre, nous fait des signes d’yeux, et sur tous les tons, supplie Maria Ivanovna de se hâter.

Les chevaux sont attelés et manifestent leur im-