Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/311

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naissance même, et que mon sort était semblable à celui du malheureux Karl Ivanovitch. «Mais pourquoi cacher plus longtemps ce secret que j’ai réussi moi-même à pénétrer ? » — pensai-je. — « Demain même j’irai chez papa et je lui dirai : « Papa, tu me caches en vain le secret de ma naissance, je le connais. » Il dira : « Que faire, mon ami ? Tôt ou tard tu le sauras, tu n’es pas mon fils, mais je t’ai adopté et si tu te rends digne de mon amour, je ne t’abandonnerai jamais ». Et je lui dirai : « Papa, bien que je n’aie pas le droit de t’appeler de ce nom, mais je le prononce maintenant pour la dernière fois, je t’aimai et t’aimerai toujours ; je n’oublierai jamais que tu es mon bienfaiteur, mais je ne puis rester dans ta maison. Personne ici ne m’aime, et Saint-Jérôme a juré ma perte. Lui ou moi devons quitter la maison, car je ne réponds pas de moi. Je hais cet homme jusqu’à un tel degré que je suis prêt à tout. Je le tuerai. » Je dirai aussi : « Papa, je le tuerai ». Papa commencera à me prier, mais je ferai ce geste de la main et lui dirai : « Mon ami, mon bienfaiteur, nous ne pouvons vivre ensemble, laisse moi. Et je l’embrasserai et lui dirai, je ne sais pourquoi, en français : « Ô mon père, ô mon bienfaiteur ! donne-moi pour la dernière fois ta bénédiction et que la volonté de Dieu soit faite ! » Et assis sur le coffre, dans le cabinet noir, je sanglotai à cette pensée. Mais subitement, je me rappelai la