Page:Tolstoï - Carnet du Soldat, trad. Bienstock.djvu/11

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pour de bon, pas au-dessus des têtes, mais droit au milieu de la foule.

On t’a insinué que tu n’es pas responsable de ce qui résultera de ton coup de fusil. Mais tu sais que cet homme, qui tombe ensanglanté, c’est toi qui l’as tué et non pas un autre, et tu sais que si tu n’avais pas tiré, l’homme ne serait pas tué.

Que dois-tu faire ?

C’est peu, si dans ce cas tu abaisses le fusil et refuses de tirer sur tes frères, car demain la même chose peut se répéter, et c’est pourquoi, que tu le veuilles ou non, il te faut réfléchir et te demander ce qu’est cette condition de soldat qui t’entraîne jusqu’à tirer sur tes frères sans armes ?

Dans les évangiles il est dit que non seulement il ne faut pas tuer ses frères, mais qu’il ne faut pas faire ce qui conduit au meurtre. Il ne faut pas se disputer avec son frère, il ne faut pas haïr ses ennemis, mais les aimer.

Dans la loi de Moïse, il est dit très nettement : « Tu ne tueras point, » sans qu’aucune équivoque vienne indiquer qui l’on peut tuer ou non. Et dans les règles qu’on t’a enseignées, on dit que le soldat doit exécuter tous les ordres de son chef, sauf ceux qui seraient dirigés contre le tzar, et dans l’explication du vie commandement on dit que bien que ce commandement défende de tuer, celui qui tue l’ennemi à la guerre ne pèche point contre ce commandement[1]. Dans le Manuel du Soldat

  1. Dans ces règles, il est dit : « Par le vie commandement, Dieu défend d’ôter la vie aux hommes par la violence ou la ruse, de violer par n’importe quel moyen la sécurité et la tranquillité de son prochain ; ce commandement défend donc aussi