Page:Tolstoï - Carnet du Soldat, trad. Bienstock.djvu/15

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


n’est pas celui dans lequel il est dit que « Dieu est le général de tous les soldats » et autres blasphèmes, et que « le soldat, obéissant en tout à ses chefs, doit être prêt à tuer les étrangers ou les siens, sans armes » ; — le vrai manuel consiste à se rappeler les paroles de l’Écriture : Il faut obéir à Dieu plus qu’aux hommes et ne pas avoir peur de ce qui peut tuer le corps, mais ne peut tuer l’âme[1].

Voilà le seul règlement du soldat, le seul vrai et qui ne soit pas trompeur.


L. Tolstoï.


Gaspra, 7/20 décembre 1901.



  1. Dans le Manuel de Dragomirov sont cités trois passages de l’Évangile ; Jean xv et Matthieu x, 22-39. De Jean, ce sont les paroles du verset 13 : « Personne n’a un plus grand amour que celui de donner sa vie pour ses amis. » Il est interprété évidemment dans ce sens qu’à la guerre, les soldats doivent se battre de toutes leurs forces pour défendre leurs camarades.

    Et cependant ces paroles ne sauraient avoir aucun rapport avec les choses militaires, et signifient tout le contraire de ce qu’on leur fait signifier. Dans les versets 10, 11, 12 et 13, il est dit : Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour comme j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour.

    Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie demeure en vous, et que votre joie soit accomplie.

    C’est ici mon commandement : que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés.

    Personne n’a un plus grand amour que celui de donner sa vie pour ses amis.