Page:Tolstoï - Carnet du Soldat, trad. Bienstock.djvu/20

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regarde toujours la cavalerie ; laisse approcher à deux cents pas, alors décharge et arrête.

À la guerre, on ne se rassasie pas, on ne dort pas et on se fatigue ; dame, c’est la guerre. C’est même très dur pour un vrai soldat, et pour un soldat faible, c’est tout à fait pénible. Mais si c’est difficile pour toi, ce n’est pas plus facile pour l’ennemi, c’est peut-être plus difficile pour lui que pour toi ; seulement tu sens ta difficulté et tu ne sens pas celle de l’ennemi. Aussi ne te décourage pas, et plus ce sera dur pour toi, plus tu devras te battre avec acharnement. Tu te battras bien, et tout à coup tu te sentiras, toi, mieux, et l’ennemi, pire ; — mais celui qui persévérera jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé.

Ne pense pas que la victoire viendra d’un coup, il arrive que l’ennemi aussi est ferme. Souvent on ne réussit pas à le prendre après deux ou trois fois ; va une quatrième et encore, jusqu’à ce que tu atteignes ton but.

Pendant que tu combats, sauve les valides. Ne songe aux blessés qu’après avoir battu l’ennemi ; qui se soucie d’eux pendant la bataille et quitte les rangs est un mauvais soldat et n’est pas compatissant, ce ne sont pas les camarades qui lui sont chers, il ne tient qu’à sa peau. Quand tu vaincras, ce sera bien pour tous, valides et blessés.

Dans la campagne ne quitte pas ton rang ; tu t’arrêtes pour un moment, et c’est un retard de cent-vingt pas. Marche gaîment, ne t’affaisse pas.

On est au bivouac, tous ne doivent pas se reposer ; les uns dorment, les autres veillent. Que ceux qui doivent dormir dorment tranquillement, jusqu’à ce qu’on les éveille : les camarades tiennent la garde, on te mettra de garde sois brave, même si tu as parcouru cent verstes.

Si tu arrives à être chef, aie la poigne solide, donne des ordres raisonnables et ne commande pas bêtement : « En avant, marche ». Dis d’abord ce qu’il faut faire, que chacun sache où il marche et pourquoi ; alors la