Page:Tolstoï - Carnet du Soldat, trad. Bienstock.djvu/26

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


et les centres industriels, sans cesse sont disposées des troupes destinées à disperser les rassemblements ouvriers, et il se passe rarement un mois, sans que des casernes on n’envoie des troupes avec des cartouches de guerre, dans un endroit caché, d’où, à n’importe quel moment, elles seront prêtes à tirer sur le peuple.

L’emploi des troupes contre le peuple non seulement est devenu l’habitude, mais les troupes sont même composées d’avance en vue de cette besogne. Le gouvernement ne cache pas que l’immatriculation des enrôlés est faite de telle sorte que les soldats ne se trouvent jamais dans leur pays natal. Le but de cette mesure est d’éviter que les soldats n’aient à tirer sur leurs parents.

L’Empereur d’Allemagne déclare à chaque recrutement (discours du 23 mai 1901), que les soldats qui ont prêté serment lui appartiennent corps et âme, et qu’ils n’ont qu’un seul ennemi, le sien, les socialistes (c’est-à-dire les ouvriers), et que les soldats doivent, s’il le leur ordonne, tirer (niederschiessen) même sur leurs propres frères ou parents.

En outre, dans le vieux temps, si l’on employait les troupes contre des gens du peuple, c’était contre des scélérats ou des hommes qu’on supposait tels, prêts à tuer et à dévaliser les habitants paisibles et dont on croyait nécessaire de se débarrasser pour le bien commun. Et maintenant, tous savent que ceux contre qui on envoie les troupes sont pour la plupart des gens laborieux, qui ne veulent que profiter sans obstacle des fruits de leurs travaux. De sorte qu’en notre temps l’emploi principal et