Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/167

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Alors, vieil homme, que je m’approche de toi ; tes haillons m’attirent, je veux cheminer dans ta voie.

Quelle paix pour le cœur, et quelle lumière pour l’esprit ! Une tâche commune, un Dieu commun, une éternité commune ! Venez, mon frère, votre misère me touche ; cet or me condamne, si je ne vous soulage. Souffrance et résignation, richesse et charité ne sont plus de vains mots, mais de doux remèdes, et des pas vers la vie !

Le mal est donc un mal ; le bien est donc à choisir et à poursuivre. La justice est sainte, l’humanité bénie ; le faible a ses droits, et le fort ses entraves. Puissant ou misérable, nul n’est déshérité que par son crime… Voluptés, plaisirs, richesses, vous avez vos laideurs et vos redevances. Indigence, douleurs, angoisses, vous avez vos douceurs et vos priviléges… Mort ! que je ne te brave ni ne te craigne ; que seulement je m’apprête à voir ces plages fortunées dont tu ouvres l’entrée !

Vieil homme, que je te trouve sain, riche, consolateur ! Tu me sembles comme ces vieux débris qui, dans les lieux écartés, recouvrent un trésor.




Ainsi changent les objets selon le point de vue. Ainsi est critique ce moment où, l’idée de la mort envahissant l’esprit de l’homme, deux voies s’ouvrent devant lui.

Si l’homme était purement logicien, selon son point de départ, on le verrait, par une nécessité impérieuse, fatale, cheminer de prémisses en conséquences dans l’une ou l’autre de ces deux voies. Heureusement l’homme, indépendamment de toute doctrine, connaît et aime l’ordre, la justice, le bien ; la vertu, lorsqu’il l’a goûtée, l’attire et le retient à elle. D’ailleurs, pauvre