Page:Touchatout - Le Trombinoscope, Volume 1, 1871.djvu/29

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chien a son collier, chaque chien a sa corde, ce qui fait croire à chacun d’eux qu’il jouit d’une certaine autonomie ; mais tous les colliers sont marqués à votre chiffre ; toutes les cordes sont réunies dans votre main et la même lanière sert à les schlaguer tous : c’est ça qui constitue l’unité allemande.

À son début au pouvoir, M. de Bismark rencontra une vive opposition de la part des députés libéraux ; il s’en préoccupa comme une locomotive d’un lapin qui traverse la voie. — Marchant droit au but, quand la chambre n’était pas de son avis, il priait le roi d’envoyer les députés planter leurs choux, le roi signait sans dire : Ouf !… et le ministre taillait, rognait à sa guise. — M. de Bismark commença son travail d’unité par les duchés voisins. La Saxe, le Wurtemberg, le Hanovre, la Hesse, le Schleswig, la Bavière, Bade, etc., etc., furent annexés à la Prusse par le procédé du nœud coulant. — Nous ne ferons pas une à une l’histoire de ces attaques de grand chemin qui se ressemblent toutes ; nous nous contenterons simplement d’indiquer le procédé employé par M. de Bismark pour faire la province. — C’était toujours de la plus grande simplicité : étant donné un petit État quelconque qu’il convoitait : Tarteifle !… lui disait-il un matin, vous faites cuire des harengs saurs chez vous et le vent nous en apporte toute l’odeur ; c’est intolérable !… si vous continuez, je vous envoie dix-huit cent mille soldats. Naturellement le petit État se levait comme un seul homme pour défendre le principe de la liberté du hareng saur ; alors, M. de Bismark se tournait vers l’Europe et lui disait : Voyez ces préparatifs menaçants, je suis bien obligé de me défendre !… Comme une vieille avachie, l’Europe opinait du silence et, trois semaines après, le petit État était uni à la Prusse dans un de ces doux embrassements qui rappellent, à peu de chose près, celui de Jonas et de sa baleine.

Depuis 1866, époque à laquelle eut lieu la guerre contre l’Autriche, et qui fut si favorable à la Prusse, M. de Bismark prit un peu de repos pour digérer ; mais cette tranquillité ne devait pas durer longtemps. Deux des provinces de la France lui manquaient pour son unité allemande. « D’ailleurs, disait-il, la meilleure preuve que ces provinces sont à nous, c’est que les habitants ne disent pas : une choppe de bière, mais bien : Un joppe te pierre !… » — Restait à trouver un prétexte pour faire la guerre à la France ; certainement M. de Bismark était de force à le trouver tout seul ; mais le ciel, doux à ses caprices, devait lui éviter cette peine. Vélocipède père, de Grammont le matamore,